Document 1 : Un ouvrier découvre la consommation

Richard est ouvrier. Il travaille depuis ses 14 ans dans une petite entreprise de chaudronnerie d’art à Etain, dans la Meuse.

« C’est en 1960 que j’ai senti que ma situation s’améliorer » dit-il. Cette année-là, il touche 743 francs par mois et il fête un grand évènement, sa première voiture, une 2 CV achetée d’occasion, à crédit, à 3 000 francs. Le frigo et la télé viennent aussi à cette époque. Richard comprend que le crédit lui permet d’améliorer son sort un peu plus vite, mais, en Lorrain prudent, il n’en prend jamais qu’un seul à la fois. Il s’émerveille sur la 3 CV achetée en 1965, neuve celle-là, pour 7 500 francs, soit près de six mois de son salaire. Il touche à l’époque 1 286 francs par mois. En 1970, Richard gravit un nouvel échelon en achetant une GS (une Citroën de milieu de gamme) pour 14 000 francs ; il en est à 2 000 francs de salaire mensuel. Martine, née en 1958, et Sandrine, née en 1966, découvrent pour la première fois les grandes vacances lointaines dans la caravane payée 14 000 francs en 197. Objectif : le même chaque année : le camping municipal de Narbonne.      D’après Beaudeux, « Demain la France (1945-2000), octobre 1985

Document 2 : "La femme-caddie" détournée (1969)

Document 3 : Chiffres clés de l'économie


Questions sur documents :                              /10 points

  1. Quels produits de consommation acquiert cet ouvrier entre 1960 et 1974. Citer deux moyens lui permettant de faire ces achats (un exemple chiffré obligatoire). (document 1) (4 points)

--> Il acquiert plusieurs voitures (une 2CV d'occasion, une 3CV, une Citröen GS), une caravane, un frigidaire, une télévision. En effet, le crédit et l'augmentation de son salaire lui ont permis ces achats (son salaire est passé de 743 francs à 2000 francs par mois, il a donc presque triplé).

2.Relever trois éléments de cette sculpture qui dénonce la société de consommation. (document 2) (1,5 point)

--> Le contenu même du caddie dénonce une abondance inutile de biens alimentaires (produits industriels et standardisés : soda, biscuits, ...). De plus, cette femme ne parait ni heureuse ni épanouie (un physique que le sculpteur a voulu disgrâcieux, des bigoudis, une cigarette, ...). Le message à comprendre est que la consommation excessive n'apporte pas le bonheur. On est ici bien loin des personnages idéaux des publicités

3.A l’aide d’un exemple chiffré, démontrer les variations de la croissance économique entre 1945 et 2000. (document 3) (1,5 point)

--> La croissance est ici calcuée à l'aide du Produit National Brut (PNB, quasi équivalent du PIB) : la croissance connait une augmentation spectaculaire après guerre (1945-1950) puis reste à un niveau élevé (excption de l'année 1955), jusqu'à la chute brutale de 1970 (on passe d'une croissance de 5% par an à une croissance nulle). Puis, la croissance reste stable à environ 2%, on parle alors de "croissance molle".

4.Nommer une cause de la crise des années 1970, et une conséquence de cette crise présentes dans le document 3 (donner à chaque fois un exemple chiffré). (3 points)

--> Une cause de cette crise est la hausse brutale des cours du baril de pétrole : de 0,20$ en 1970 à 6,5$ en 1980. En effet, les pays producteurs de pétrole de l'OPEP ont décidé de relever le cours du pétrole, ce qui a considérablement alourdi la facture énergétique des pays dépendants des importations de pétrole.

Une conséquence de cette crise est l'apparition d'un chômage de masse : on passe d'un taux de chômage de 3% en 1970(variable d'ajustement inévitable) à 9% en 1985, soit un triplement du taux de chômage !

Paragraphe argumenté :                  /10 points

Les sociétés occidentales, des sociétés de progrès ? (1945-1980)

Les pays occidentaux (Europe de l'Ouest, Etats Unis, Japon) ont connu après 1945 une période de croissance économique soutenue surnommés "Trente Glorieuses" (1945-1975 environ), suivie d'une grave crise économique.

Pour autant, peut on dire que les sociétés occidentales ont connu une période de progrès ininterrompu ?

Tout d'abord, rappelons ici les causes de la croissance économique des Trente Glorieuses. Cette dernière est avant tout basée sur les progrès de la productivités (grâce à de nouvelles techniques de travail telle la systématisation du travail à la chaîne), sur des besoins croissants de la population en biens de consommations (en raison des nécessités de la reconstruction d'après guerre et du "Baby Boom"), et d'une énergie abondante et à bas prix : le pétrole. Les Trente Glorieuses se sont ainsi caractérisées par une hausse de la production industrielle, agricole et de services, entraînant ainsi une situation de plein emploi (taux de chômage résiduel de 3% de la population active) et de hausse continue des salaires (cf. doc1 : un salaire triplé en 15 ans). Les progrès sont ici incontestables, tant dans les techniques de production que dans l'amélioration globale des conditions de vie.

En effet, la hausse continue des revenus, supplée par une politique de prix bas (grâce aux productions à grande échelle) et un accès de plus en plus systématique au crédit, encourage la consommation des ménages. Encouragés par la publicité, les ménages s'équipent en automobiles, électroménager, télévision, ... Les loisirs absorbent une part de plus en plus importantes du budget.  Consommer devient ainsi un marqueur social, on peut ainsi parler d'un progrès puisque les conditions de vie sont incontestablement plus confortables qu'auparavant.

Cependant, les années 1970 voient l'arrivée de la crise et du chômage de masse. La consommation des ménages se stabilise mais ne diminue pas, artificiellement soutenue par le recours au crédit et le soutien des Etats. Pourtant, certaines voix dénoncent la société de consommation, qui, contrairement à ce que l'on a cru, n'apporterait pas le bonheur et l'épanouissement aux individus consommateurs, devenus "individus-caddie", dociles et obéissants face aux lois de la publicité, de la mode. Le progrès matériel n'apporterait pas nécessairement le bonheur. L'apparition du chômage longue durée et de masse, la nécessité de faire face à des licenciements et de se reconvertir dans un autre domaine professionnel, ont déstabilisé les sociétés occidentales ; la consommation, elle, reste une habitude, une constante.

En conclusion, 30 années de croissance ont incontestablement enrichi et amélioré les conditions de vie des sociétés occidentales, même si la crise amorcée dans les années 1970 permet de nuancer cette notion de "progrès".